Pertes et gains personels causés par ma bipolarité – une balançoire mentale

on November 12, 2019   |    No Comments

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Pertes et gains personels causés par ma bipolarité – une balançoire mentale

Tout au long d’une vie, toute personne connaîtra des pertes ou des gains. La perte d’un être cher ou la perte d’un emploi ; la naissance d’un enfant ou la découverte de nouvelles amitiés. Cependant, pour les personnes vivant avec un trouble de bipolarité, faire face à une perte ou un gain peut s’avérer particulièrement difficile. Dans mon cas, les pertes ont été dévastatrices, et les gains se sont avérés très enrichissants.

Avant d’être diagnostiqué avec un trouble bipolaire de type 1 à l’âge de 54 ans en 1998, j’avais déjà connu des pertes et des gains importants. En 1965, j’ai dû renoncer à mon rêve de devenir prêtre. Par la suite, je suis devenu un travailleur social et j’ai pleinement apprécié ma nouvelle carrière. En 1967, je me suis marié. Les cinq ans qui suivirent m’ont offert deux fils merveilleux. Malheureusement, en raison d’incompatibilités conjugales, mon mariage a été rompu en 1974. À cause de circonstances hors de mon contrôle, je n’ai pas vu mes deux fils pendant un total de sept ans – une situation très déchirante et traumatisante pour moi. Tout au long de cette période, grâce au soutien que j’ai reçu de mes proches, amis et collègues de travail, ainsi qu’aux stratégies d’autogestion appropriées que j’ai utilisées, j’ai survécu à cette crise majeure.

J’ai dû reconnaître et accepter que je vivais avec un problème de santé mentale.

Peu de temps après cette rupture conjugale, je suis entré dans une autre relation plus positive qui m’a aidé à faire face à ce fardeau dévastateur, de ne pas être en mesure de voir mes garçons durant cette longue période. Sur le plan professionnel, tout allait super bien et j’ai même été promu à des postes de direction dans mon domaine.

Quand mon fils aîné a eu 16 ans, il m’a appelé de façon inattendue. Depuis cet appel historique, mes fils et moi avons repris une relation bénéfique. Au début et au milieu des années 90, j’ai connu deux épisodes de dépression légère, mais j’ai réussi à continuer à fonctionner assez bien puisque mes habitudes de vie quotidiennes étaient saines et bien équilibrées.

Étant assez actif de nature, je crois que je suis entré dans une phase hypomaniaque après mon deuxième épisode dépressif en 1995. Juste auparavant, j’avais de nouveau commencé à éprouver des problèmes conjugaux avec ma deuxième conjointe. Au cours de l’été 1998, avant que je quitte mon travail en pré-retraite, ma santé mentale s’est beaucoup détériorée. C’est à ce moment-là que j’ai plongé dans une phase maniaque sévère au point de devenir psychotique, nécessitant ainsi huit semaines d’hospitalisation dans une unité psychiatrique.

Une balançoire

Cette fois, j’ai subi des pertes importantes. D’abord, j’ai temporairement perdu ma santé mentale. Deuxièmement, ma femme m’a remis les papiers de notre divorce. Nous avons perdu notre belle propriété au bord du lac. Puisque j’avais presque complètement épuisé mes économies financières, j’ai dû déclarer faillite.

Une fois que ma manie a été médicalement contrôlée et que j’ai pris pleine conscience de mes pertes, j’ai vite ressenti beaucoup de honte et de culpabilité. Il va de soi que je suis devenu très déprimé. Il m’a fallu environ un an de suivi thérapeutique psychologique post-hospitalier avant d’atteindre un niveau raisonnable de rétablissement.

J’ai reçu et chaleureusement accepté le soutien de mes frères et sœurs, mes proches, mes amis et de mon médecin.

En plus de continuer à recevoir un soutien important de mes frères et sœurs (par exemple, je suis allé vivre avec mon frère et sa famille à ma sortie de l’hôpital), j’ai continué à consulter mon médecin de famille sur une base régulière. J’ai même commencé à faire du bénévolat dans deux organismes à but non lucratif. En moins de dix-huit mois, je m’étais trouvé un nouvel emploi dans un organisme qui offrait une grande variété de services aux personnes en situation d’itinérance à Ottawa. Faire du bénévolat et reprendre un emploi m’ont beaucoup aidé afin que je puisse retrouver ma confiance en moi et mon estime personnelle.

Avant mon hospitalisation, j’avais arrêté de faire des écrits créatifs, mais une fois que j’ai eu quitté l’hôpital, j’ai vite repris ma passion. Je suis donc obligé et heureux de reconnaître que le bouillonnement créatif est revenu aussi fort qu’auparavant.

J’ai mieux pris soin de ma santé physique et mentale par le biais d’une bonne alimentation, des exercices, une vie sociale équilibrée, un ressourcement dans ma vie spirituelle, sans négliger mes habitudes de sommeil, etc.

Et puis, ma nouvelle âme sœur est apparue sur mon chemin. Nous nous sommes mariés le 15 octobre 2016, mais nous vivions ensemble depuis 2002.

Depuis mon hospitalisation, j’ai encore subi de nombreuses pertes importantes :

  • la perte de deux sœurs aînées ;
  • la perte de quatre frères plus âgés ;
  • la perte d’un beau-fils.

Mais j’ai connu plusieurs gains :

  • j’ai retrouvé ma santé mentale ;
  • le soutien constant de mes proches ;
  • le réveil de mon estime de soi et de ma confiance en moi ;
  • la réapparition de ma passion pour l’écriture créative ;
  • l’expérience enrichissante d’une nouvelle relation conjugale mutuellement gratifiante ;
  • le développement de nouvelles amitiés et
    je me suis dévoué à un nouveau passe-temps : jouer au Père Noel dans un centre commercial et ailleurs.

Avez-vous remarqué que ma liste de gains est plus longue que la liste de mes pertes ? Un message clair en effet! Et maintenant, quelles étaient les principales stratégies que j’ai utilisées pour faire face à mes pertes et gains ? Ce qui suit n’est pas une liste exhaustive :

  1. J’ai dû reconnaître et accepter que je vivais avec un problème de santé mentale.
  2. J’ai dû accepter de suivre le traitement qu’on m’avait prescrit.
  3. J’ai reçu et chaleureusement accepté le soutien de mes frères et sœurs, mes proches, mes amis et de mon médecin.
  4. J’ai commencé un pas à la fois à mettre en vigueur mon plan de rétablissement qu’on m’avait prescrit.
  5. J’ai fait du bénévolat dans deux organisations.
  6. J’ai trouvé un emploi quand je me suis senti prêt à le faire.
  7. J’ai participé à un groupe de soutien avec des pairs à la suite de mon hospitalisation.
  8. J’ai repris mes écrits créatifs.
  9. J’ai mieux pris soin de ma santé physique et mentale par le biais d’une bonne alimentation, des exercices, une vie sociale équilibrée, un ressourcement dans ma vie spirituelle, sans négliger mes habitudes de sommeil, etc.
  10. Je me suis impliqué en tant que pair-chercheur avec CREST. BD – une expérience très gratifiante.
  11. J’ai toujours cru, grâce à mon éducation familiale et ma conviction profonde de nourrir une vision positive de la vie, que le soleil réapparaît toujours derrière les nuages les plus sombres et les plus épais ou les tempêtes les plus fortes.
  12. L’espoir, l’amour, la paix et la foi ont été et demeurent le fil conducteur de ma vie.

En bref, vivre avec un trouble bipolaire n’est pas toujours facile. Mais cette maladie peut également souvent enrichir notre vie si l’on est en mesure de recevoir des traitements appropriés et les soutiens nécessaires. La vie est en effet une grande source d’enseignement. Elle nous apprend comment accepter des choses que nous ne pouvons pas changer et surtout comment s’adapter à différents chambardements de vie. Elle nous apprend aussi à pardonner, à lâcher prise et à être compatissant.


(Paul Galipeau/lechampiondumonde.com)

(Credit: Paul Galipeau)

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